Fin du développement durable – Objectif résilience !

Parlons de développement durable. La durabilité, c’est assurer nos besoins en utilisant les ressources de la planète de sorte que celles-ci restent intactes pour nos besoins à venir et ceux des générations futures. Ce n’est pas le cas. La situation n’a pas cessé de s’aggraver depuis les premiers accords de Kyoto.

Les désirs de croissance infinie dans un monde fini n’ont pas fondamentalement évolué, et cela s’est même aggravé car les pays émergents, généralement très peuplés,  aspirent à notre mode de vie non durable. Et nous les encourageons à cela pour accroître le profit de quelques capitaines d’immenses industries.

La croissance verte n’existe pas. C’est un concept malin qui permet à chacun de ne rien modifier dans son mode de vie et sa soif de « plus » en continuant de consommer et de vendre tout ce qui peut l’être. Comme le démontre les 40 dernières années,  la déesse « croissance » implique toujours plus de ressources fossiles, d’eau, et de saccage de la biodiversité. Ce n’est pas l’arrivée des ordinateurs, des flux d’information électroniques et autres progrès technologiques qui ont modifié quoi que ce soit. Au contraire, ces « progrès » ont permis une nouvelle accélération des échanges de  biens, de services, des flux financiers et  des  spéculations de toutes sortes.

Les 30-40 prochaines années seront marquées par un nombre accru de crises, des crises menaçant la santé de nos populations et la stabilité de nos systèmes économiques et gouvernementaux.

La production de denrées alimentaires va devenir très difficile, pouvant entrainer un déclin de la population.

Je crois qu’il est maintenant trop tard pour éviter un enchaînement de crises mais il n’est pas trop tard pour apprendre à utiliser ces crises de façon à initier un changement positif. Il est trop tard pour le développement durable parce que nous sommes d’ores et déjà non durables. Mais il n’est pas trop tard pour réfléchir au développement « résilient » en mettant en place des mécanismes, des institutions, une culture, qui feront face à ces crises et qui les surmonteront ; tout en préservant des engagements élémentaires vis-à-vis de certaines valeurs comme  la liberté, l’égalité, l’art….

La durabilité est possible quand on est sous le seuil de saturation. Mais quand on est au-dessus, on n’a pas d’autre possibilité que de redescendre. C’est pourquoi je pars du principe que le point de départ de ma réflexion n’est pas la durabilité, mais la résilience. Cela consiste à améliorer la capacité d’adaptation de l’humanité. Nous sommes comme la Grèce, qui, pendant une brève période, a bénéficié d’un niveau de vie élevé, en accroissant sa dette. Notre société a bénéficié d’un niveau de vie très élevé, en accumulant une dette écologique. Nous avons dépensé nos économies, les réserves accumulées au cours de milliards d’années : les réserves de pétrole, d’espèces variées, de sols à vocation agricole, d’eau potable… Nous sommes en train de les épuiser. Et bientôt, nous allons devoir réduire nos dépenses jusqu’à un niveau durable. Cela ne vient pas de moi. C’est le résultat de travaux empiriques menés par une foule de gens différents aux compétences multiples. Evidemment, on peut dire qu’il n’est pas très motivant de faire entrevoir aux gens un avenir négatif, je suis d’accord. Mais d’un autre côté, vous savez, il n’est pas très utile non plus d’envisager une chose qu’on sait impossible. C’est une débauche de temps et d’argent en pure perte.

Un grand nombre d’organismes et d’individus tirent profit du système actuel. Ils en retirent énormément de pouvoir et d’argent. Ils vont donc batailler ferme pour contrer tous les efforts visant à changer ce système. L’industrie pétrolière par exemple tente de nier les changements climatiques et les pollutions occasionnées par leurs extractions. L’industrie chimique, quant à elle, occulte les questions liées à la pollution des nappes phréatiques, et ainsi de suite… Je crois qu’ils parviendront à leurs fins parce qu’ils ont le pouvoir et l’argent. Ce que nous devons faire, nous qui sommes partisans du changement, c’est essayer de créer des îlots de développement alternatif qui peuvent exister au milieu d’un océan de non durabilité.

Qu’est ce que ça signifie concrètement ?

Prenons l’exemple du système monétaire. A l’origine, la monnaie a été créée par les phéniciens pour faciliter le commerce. Puis, les mécanismes ont évolué pour permettre l’usage de la monnaie à des fins d’investissement. On faisait un placement afin d’avoir plus d’opportunité à l’avenir. Récemment, le but est d’engranger de la richesse avec la finalité de créer de la richesse. Aujourd’hui, l’argent est principalement utilisé à des fins spéculatives. C’est un jeu de hasard. Les gens l’utilisent pour essayer d’augmenter leurs revenus financiers à court terme. Je ne pense pas que l’on puisse résoudre les problèmes globaux avec le système monétaire actuel. Mais si j’essayais de modifier ce système monétaire, les banques et une foule d’autres gens s’y opposeraient aussitôt et ils auraient gain de cause. En revanche, je peux créer au sein de ma propre communauté un système monétaire local. Ce système local existerait en parallèle pour faciliter le commerce et ramener des ressources productives sur le marché. Voilà une façon de créer un îlot de développement alternatif au milieu d’un océan de non durabilité. Ce système monétaire local ne remplace pas le système financier en place, il existe de manière complémentaire. Si jamais le système financier actuel venait à s’effondrer, on disposerait alors d’une alternative concrète.

Toujours sur un plan économique, je participe depuis un an et demi avec un petit groupe de citoyens au développement d’un SEL (Système d’Echange Local) à AUCH. Le SEL D’AUCH compte aujourd’hui plus de cent adhérents qui échangent des biens et des services à l’aide d’une monnaie d’échange que nous appelons « grain de SEL ». Le volume des échanges ne cesse d’augmenter et permet à de nombreuses personnes d’accéder à des services, des soutiens, des objets de premières nécessité qu’ils ne pourraient pas s’offrir sans le SEL (pour faire partie du SEL D’AUCH ou se renseigner : 05 62 61 94 54 ou sel32000@laposte.net).

Par ailleurs, la souveraineté alimentaire est une question centrale. Il me paraît primordial de s’attacher à promouvoir le jardinage communautaire pour que les gens apprennent à produire leur propre nourriture. En outre, il me semble possible sur notre territoire de trouver des solutions de mutualisation des terres agricoles afin d’aider les agriculteurs bio à s’installer localement sans subir le poids du foncier (voir le modèle « terre de liens »). Les territoires non préparés subiront de plein fouet la hausse des prix de l’alimentation, la chute de la logistique alimentaire et de la grande distribution, la fin de l’agriculture pétrochimique et sur-irriguée !

Le problème de l’eau sera également majeur. C’est pourquoi il est important, dans une réflexion sur la résilience locale, de se poser la question des ressources et des usages de l’eau, ainsi que des solutions de traitement (pompage, traitement, distribution et traitement des eaux usées). L’association « Eauch bien commun » oeuvre en ce sens.

Enfin, la question de l’isolation des habitations est essentielle car nous devons réduire rapidement et drastiquement notre dépendance aux énergies fossiles. Par exemple, le mouvement citoyen « village cocooning » apporte de l’aide aux habitants des villages de France pour trouver les solutions techniques et financières afin d’isoler le plus grand nombre de maisons et bâtiments de leur commune. Cinq habitants se réunissent pour isoler ensemble la maison de chacun. Un artisan est désigné par les organisateurs de Village Cocooning. Il s’agit d’un professionnel de l’isolation écologique, membre du mouvement. Il vient aider pour réaliser le premier chantier participatif (www.village-cocooning.com).

Voilà quelques exemples d’actions concrètes qu’il faut mener en priorité…

En guise de conclusion, je reprendrai les propos de Benoit Thévard : « je crains que nous ne parvenions pas à faire changer de cap un Titanic à pleine vitesse. En revanche, rien n’empêche de quitter le navire avant le choc. Plus les personnes seront nombreuses à se sauver en chaloupes, plus le bateau sera allégé et maniable ».

Patrick ADDA

Auch, Territoire en Transition

« AUCH EN TRANSITION » est une initiative citoyenne qui s’inscrit dans le mouvement des villes en Transition initié en Grande-Bretagne en 2006 par Rob Hopkins.

Après 2 manifestations publiques, un comité de pilotage s’est constitué le 25 janvier 2012.

Cette initiative a pour but de favoriser une dynamique locale, en vue de se préparer à trois crises majeures : le changement climatique, la raréfaction des ressources – en premier lieu des hydrocarbures – et la crise du modèle économique et financier mondial.

Nous sommes convaincus que l’interaction de ces trois crises dans la présente décennie a un potentiel dévastateur et qu’il est incontournable de se préparer dès maintenant à la transition vers un nouveau mode de vie.

Le mouvement des villes et territoires en transition est né de cette conviction et propose une démarche collective fondée sur :

  • l’engagement rapide dans la décroissance de la consommation énergétique et des ressources en général ;
  • la reconstitution de la résilience des territoires et communautés humaines, c’est-à-dire leur capacité à traverser les difficultés grâce au resserrement des liens économiques et sociaux ;
  • la relocalisation plus ou moins prononcée des activités, en particulier la production alimentaire ;
  • une vision volontariste et positive de l’avenir susceptible de redonner confiance et de mobiliser les énergies et les compétences de chacun ;
  • une action ascendante, c’est-à-dire partant des citoyens ;
  • une action à l’échelle de ce que vivent les citoyens et où ils ont prise sur leur vie, c’est-à-dire au niveau local ;
  • une démarche inclusive de tous les acteurs et habitants d’un territoire, avec des actions transversales touchant tous les secteurs de la vie économique et sociale.

Si vous partagez notre analyse et si vous souhaitez participer à ce mouvement citoyen, rejoignez nous en nous contactant ici

7 idées open-source pour la transition

 

7 idées, version web 2.0

Des graines de monnaie-du-pape (lunaria) dans un sachet pr la poste

Article écrit par Kristen (Aveyron) sur son site : http://www.arpentnourricier.org/

Dans la sé­rie sur les 7 idées pour la tran­si­tion, celui-ci est consa­cré à la par­tie plus in­for­ma­tique de la tran­si­tion. Quoi qu’en disent cer­tains, l’internet est un ou­til cen­tral dans la tran­si­tion éner­gé­tique. Je me de­mande même si l’internet n’est pas l’un des fac­teurs es­sen­tiels ayant conduit à l’émergence de la tran­si­tion. Je re­vien­drai sur la ré­vo­lu­tion que consti­tue l’internet (de type open-source et web 2.0) dans les rap­ports que l’humanité en­tre­tient avec l’information et la prise de dé­ci­sion, et l’importance que ça re­vêt pour créer de la ré­si­lience en per­met­tant de dé­cen­tra­li­ser le monde. Pour l’heure, contentons-nous d’énumérer quelques idées qui pour­raient bé­né­fi­cier d’une col­la­bo­ra­tion open-source et de quelques com­pé­tence informatiques.

Echange de se­mences peer-to-peer

Connaissez-vous book­mooch ? C’est un sys­tème d’échange de livres sur in­ter­net dans le­quel chaque par­ti­ci­pant fait la liste des livres qu’il veut bien don­ner, la liste des livres qu’il vou­drait re­ce­voir, et le sys­tème or­ga­nise la ro­ta­tion des livres : cha­cun se charge des frais d’envoi aux des­ti­na­taires des livres que le ser­veur aura dé­si­gnés comme heu­reux ré­ci­pien­daires de ses dons, tan­dis qu’il re­çoit gra­tui­te­ment des livres de sa liste de sou­haits, ex­pé­diés par d’autres par­ti­ci­pants. La comp­ta­bi­lité est as­sez simple, puisque 1 livre ex­pé­dié donne droit à 1 livre reçu.

La tech­no­lo­gie pour­rait être ri­gou­reu­se­ment la même pour les échanges de se­mences an­ciennes : cha­cun en­ver­rait à ses frais des sa­chets de graines et en re­ce­vrait d’autres gra­tui­te­ment. Il y a en plus trois avan­tages ma­jeurs des graines sur les livres : la li­vrai­son est moins chère, il y a pro­ba­ble­ment moins de ré­fé­rences à gé­rer, et les graines se multiplient.

Avec un tel sys­tème, il se­rait par­fai­te­ment en­vi­sa­geable que des par­ti­cu­liers aux quatre coins de la France (voire du monde) puissent en­tre­te­nir la bio­di­ver­sité et la ri­chesse des va­rié­tés po­ta­gères : une sorte de conser­va­toire dis­tri­bué, vi­vant, et nour­ri­cier, aux an­ti­podes des banques de graines cen­tra­li­sées, conge­lées et pro­ba­ble­ment stériles.

Sys­tème de lo­gis­tique distribuée

Avec le dé­clin pro­gres­sif des éner­gies fos­siles, le prix du trans­port aug­men­tera mé­ca­ni­que­ment. Le trans­port sur les longues dis­tances pourra tou­jours bé­né­fi­cier de grosses éco­no­mies d’échelles et de moyens de trans­port éco­nomes (ba­teau, train), mais le trans­port jusqu’au client fi­nal se fait gé­né­ra­le­ment par voi­ture ou camionnette.

Pour les pe­tits co­lis, c’est la Poste qui est le plus ef­fi­cace, avec ses tour­nées qui des­servent ab­so­lu­ment tout le monde, mais elle se­rait bien en peine de dis­tri­buer des mar­chan­dises plus vo­lu­mi­neuses ou plus lourdes, par exemple vos courses, et c’est là qu’il faut uti­li­ser autre chose.

L’idée de s’appuyer sur les consom­ma­teurs eux-même pour la li­vrai­son, les grandes sur­faces la mettent en pra­tique tous les jours : cha­cun va faire ses courses au su­per­mar­ché, qui n’est fi­na­le­ment qu’en vaste en­tre­pôt co­loré, as­semble soi-même sa com­mande et réa­lise sa propre li­vrai­son. C’est as­sez idiot en termes d’efficacité éner­gé­tique, à moins qu’on ar­rive à faire les courses pour ses voisins.

C’est en par­ti­cu­lier en tra­vaillant sur la lo­gis­tique des AMAPs et des grou­pe­ment d’achats qu’on peut cher­cher à op­ti­mi­ser un ré­seau lo­gis­tique s’appuyant uni­que­ment sur les al­lées et ve­nues des particuliers-consommateurs. En es­sayant de pro­fi­ter au maxi­mum des dé­pla­ce­mennts que les gens font de toute fa­çon (tra­vail, école, mar­ché, etc.), ce ré­seau lo­gis­tique pour­rait être par­ti­cu­liè­re­ment ef­fi­cace en éner­gie et en coût (mais pro­ba­ble­ment pas en temps). Un atout ma­jeur de ce sys­tème, c’est que les par­ti­cu­liers ont na­tu­rel­le­ment ten­dance à al­ler tra­vailler dans les lieux de pro­duc­tion et les lieux ur­bains, et à ha­bi­ter dans les quar­tiers ré­si­den­tiels et les zones ru­rales. Il sont donc par construc­tion des li­vreurs idéaux.

Le nombre d’acteurs étant par­ti­cu­liè­re­ment grand, avec des contraintes per­son­nelles par­ti­cu­liè­re­ment dis­pa­rates, la ges­tion cen­tra­li­sée d’un tel ré­seau se­rait illu­soire. En re­vanche la ges­tion dis­tri­buée as­sis­tée par in­ter­net et par té­lé­pho­nie mo­bile pour­rait avoir du sens. Je n’ai pas en­core raf­finé les dé­tails, mais on pour­rait ima­gi­ner que chaque par­ti­ci­pant pré­cise sur un ser­veur ses ha­bi­tudes de tra­jets, que les par­ti­ci­pants au ni­veau lo­cal dé­fi­nissent quelques points de re­dis­tri­bu­tion un peu cen­traux et sé­cu­ri­sables (la gare, l’école, le mar­ché, le café, la mai­rie) à la ma­nière des points Kiala. La ma­chine op­ti­mi­se­rait en­suite les par­cours des co­lis à ache­mi­ner en en­voyant des alertes cour­riel ou SMS aux par­ti­ci­pants sol­li­ci­tés. Un par­ti­ci­pant pren­drait le co­lis au point spé­ci­fié, le scan­ne­rait avec son té­lé­phone mo­bile (juste une photo du code barres), et l’emmènerait à un autre point spé­ci­fié. A chaque tra­jet, le par­ti­ci­pant ga­gne­rait des points, ce qui pour­rait soit lui va­loir des li­vrai­sons gra­tuites pour ses co­lis, soit éven­tuel­le­ment une in­dem­ni­sa­tion en na­ture (es­sence, pneus). S’il s’agit de pro­duits non-périssables, on peut s’appuyer in­té­gra­le­ment sur les allées-venues ha­bi­tuelles des gens, ce qui fe­rait un coût de trans­port quasi-nul et po­se­rait peu de ques­tions au ni­veau des as­su­rances. Pour les pro­duits pé­ris­sables tels que les pa­niers de fruits et lé­gumes des AMAPs, il fau­drait peut-être que le pro­duc­teur ou un adhé­rent se charge d’effectuer un tra­jet spé­ci­fique pour le pre­mier tron­çon de la livraison.

Qu’il soit mis en oeuvre par une en­tre­prise ou une as­so­cia­tion, ce prin­cipe pour­rait se fi­nan­cer de plu­sieurs ma­nières : soit l’essence est vrai­ment chère, au­quel cas ce sera pro­ba­ble­ment le mode de li­vrai­son le moins cher, ce qui rend son suc­cès com­mer­cial iné­luc­table ; soit l’essence n’est pas en­core suf­fi­sam­ment chère, au­quel cas il fau­drait plu­tôt fi­nan­cer l’opération en ven­dant des cré­dits car­bone (ou par un autre mé­ca­nisme qui ré­com­pense la so­briété éner­gé­tique), puisqu’on sau­rait as­sez fa­ci­le­ment chif­frer l’économie de car­bone occasionnée.

Re­cherche agro­no­mique distribuée-coordonnée

J’ai déjà men­tionné dans un pré­cé­dent ar­ticle qu’il ne suf­fit pas d’imiter la na­ture pour qu’une concep­tion per­ma­cul­tu­relle soit au point du pre­mier coup. L’évolution a mis des mil­lions d’années pour mettre au point les éco­sys­tèmes ré­si­lients et pro­duc­tifs que nous ob­ser­vons au­tour de nous ; il semble nor­mal qu’il faille au moins quelques an­nées voire quelques dé­cen­nies de tâ­ton­ne­ments pour qu’une concep­tion per­ma­cul­tu­relle porte vrai­ment ses fruits. Comme chaque jar­din est dif­fé­rent et chaque jar­di­nier a ses propres contraintes, on ne peut pas s’appuyer sur des re­cettes toutes faites dé­ve­lop­pées par un Ins­ti­tut Na­tio­nal de la Re­cherche en Per­ma­cul­ture, et cha­cun doit s’y coller.

Cela dit, rien n’empêche de mettre en com­mun les réus­sites et les dé­boires — c’est d’ailleurs l’un des ob­jec­tifs de ce site. Charge à cha­cun d’interpréter les ex­pé­riences des uns et des autres et d’en adap­ter les en­sei­gne­ments à son jar­din. Il manque pro­ba­ble­ment aux per­ma­cul­teurs fran­co­phones un ou plu­sieurs fo­rums pra­tiques cal­qués sur le fo­rum des agri­cool­teurs, consa­cré au non-labour et aux tech­niques cultu­rales sim­pli­fiées en grande culture.

Mais on peut al­ler en­core plus loin, quand il s’agit d’expérimentations au long cours qui se­raient trop lourdes ou trop longues pour une seule per­sonne. On pour­rait col­lec­ti­ve­ment pro­po­ser des pro­to­coles ex­pé­ri­men­taux sur des su­jets d’intérêt large, et cha­cun s’emparerait d’un bout du su­jet pour mettre en oeuvre une ex­pé­ri­men­ta­tion dans son jar­din et en­suite mettre en com­mun les observations.

Pre­nons un exemple concret : le pro­blème des li­maces est un su­jet cen­tral dans les tech­niques de non-labour et de culture sur butte au­to­fer­tile avec paillage épais et per­ma­nent. L’une des so­lu­tions pro­po­sées en per­ma­cul­ture consiste à en­tre­te­nir des po­pu­la­tions de pré­da­teurs (ca­rabes, hé­ris­sons, cra­pauds) en main­te­nant un ha­bi­tat adapté dans le jar­din : haies, tas de bois, mu­rets en pierres sèches, etc. On pour­rait ima­gi­ner d’établir une mé­tho­do­lo­gie de comp­tage des li­maces et des pré­da­teurs, ainsi qu’une mé­tho­do­lo­gie d’observation des éven­tuels dé­gâts cau­sés par les gas­té­ro­podes, et que cha­cun mène des ob­ser­va­tions dans son jar­din sur quelques an­nées, en no­tant la pré­sence d’habitats, la mé­téo, les cultures af­fec­tées, etc. On met en­suite en com­mun la masse de don­nées ac­cu­mu­lées, et cha­cun peut tâ­cher de mettre en évi­dence des cor­ré­la­tions et éven­tuel­le­ment des re­com­man­da­tions quant à l’efficacité re­la­tive des dif­fé­rentes ap­proches se­lon le cli­mat, le ter­rain, etc. D’ailleurs, si de vrais agro­nomes veulent nous don­ner un coup de main pour mettre tout ça en forme et co­si­gner une pu­bli­ca­tion — consul­table par tout le monde, bien en­tendu — ils se­ront les bienvenus.

Uni­ver­sité podcast

L’une des pré­oc­cu­pa­tions ma­jeures des ini­tia­tives de tran­si­tion, c’est celle de l’inadéquation entre nos com­pé­tences ac­tuelles (for­ma­tion aca­dé­mique in­tel­lec­tuelle, em­plois de bu­reau) et les be­soins fu­turs d’une so­ciété en dé­crois­sance éner­gé­tique qui de­vra re­non­cer aux ma­chines dans de nom­breux do­maines. Rob Hop­kins ap­pelle à une ‘grande re­con­ver­sion’ (the great re­skilling) pour que cha­cun ac­quière des com­pé­tences ar­ti­sa­nales concrètes pour aug­men­ter la ré­si­lience des col­lec­ti­vi­tés. Cette grande re­con­ver­sion re­pré­sente un lourd in­ves­tis­se­ment en temps, or nous man­que­rons jus­te­ment de temps s’il nous faut nous re­mettre à faire à la main de nom­breuses tâches pré­cé­dem­ment mé­ca­ni­sées. Pre­nons l’exemple de l’agriculture : s’il faut re­ve­nir à une pro­por­tion de 20 ou 30% de pay­sans, il faut pou­voir for­mer des pay­sans à tour de bras. Mais on n’aura pas les res­sources pour que 20% des gens passent quelques an­nées dans un am­phi, ni même les res­sources pour avoir as­sez d’enseignants pour ces co­hortes d’aspirants paysans.

Contrai­re­ment aux ini­tia­tives ac­tuelles qui gé­né­ra­lisent la mise en ligne des am­phis ou des tu­to­riels en vi­déo sur you­tube, l’idée d’une uni­ve­risté agri­cole en pod­cast, c’est qu’on peut être à la fois aux champs et en am­phi — c’est l’intérêt des tâches ma­nuelles non-mécanisées que de li­bé­rer une par­tie de l’esprit et des oreilles pour s’informer ou se for­mer en même temps. Le sup­port au­dio est idéal par rap­port à la vi­déo, puisqu’il ne né­ces­site que très peu d’infrastructures et de res­sources. Ainsi, sur le même mo­dèle que le site des ar­chives de l’émission Terre à Terre qui dif­fuse des cen­taines d’heures de sa­gesse éco­lo­gique, on pour­rait ras­sem­bler les res­sources au­dio pour qu’avec un simple lec­teur mp3 à 100€ et un ac­cès in­ter­net chez le voi­sin, chaque ap­prenti pay­san puisse se for­mer tout en tra­vaillant son jar­din. Si on est li­mité en dé­bit, on peut même dé­ci­der de dif­fu­ser non pas des en­re­gis­tre­ments au­dio mais des ou­vrages tex­tuels, la syn­thèse vo­cale texte → mp3 s’effectuant du côté client et non pas du côté serveur.

La for­ma­tion au­dio se­rait aussi par­fai­te­ment adap­tée à un monde où les trans­ports se­raient plus lents : s’il me faut deux heures de marche, de vélo ou de trans­ports en com­mun pour al­ler au tra­vail au lieu de 20 mi­nutes en voi­ture, je peux suivre 800 heures d’enseignement par an pour un coût col­lec­tif dé­fiant toute concur­rence, et ainsi per­mettre la grande re­con­ver­sion sans qu’il faille at­tendre un grand plan d’urgence na­tio­nal qui ne vien­dra sans doute jamais.

En­sei­gne­ment à dis­tance Open-Source

Conti­nuons dans la veine de l’enseignement. Quand on voit que l’enseignement dis­pensé par l’Education Na­tio­nale est de plus en plus in­adapté aux en­jeux de la tran­si­tion, et que l’institution elle-même n’est pro­ba­ble­ment pas très ré­si­liente en cas de crise ma­jeure et pro­lon­gée, on est tenté comme un nombre crois­sant de pa­rents de ne pas sco­la­ri­ser ses en­fants et d’assurer l’enseignement à la mai­son. Outre la re­pro­duc­tion des pré­ju­gés cultu­rels, le risque que j’y vois c’est que les pa­rents se li­mitent aux en­sei­gne­ments qu’ils maî­trisent. Mais si les pa­rents met­taient en com­mun leurs ‘pro­grammes’, leurs ac­ti­vi­tés de dé­cou­verte, leurs res­sources do­cu­men­taires, leurs su­jets de cu­rio­sité etc. on dis­po­se­rait d’une ou­ver­ture et d’une ri­chesse que ja­mais l’enseignement aca­dé­mique cen­tra­lisé ne pour­rait at­teindre, et au­cun en­fant ne se­rait bridé dans son ap­pren­tis­sage par les éven­tuelles dif­fi­cul­tés des pa­rents sur tel ou tel sujet.

Tech­no­lo­gie ap­pro­priée Open-Source

Pour un monde re­lo­ca­lisé où l’activité pro­duc­tive dé-mondialisée se fait à plus pe­tite échelle, il nous fau­dra toute une gamme d’outils tech­no­lo­giques nou­veaux. Les nou­veaux ou­tils et les nou­velles ma­chines doivent être moins gros que les ma­chines d’usine, consom­mer moins d’énergie (et éven­tuel­le­ment plus d’huile de coude), et être moins so­phis­ti­qués pour per­mettre d’être construits et main­te­nus lo­ca­le­ment avec les res­sources ma­té­rielles et tech­niques du lieu. Cette gamme in­ter­mé­diaire, c’est ce qu’on ap­pelle la tech­no­lo­gie ap­pro­priée : de­puis l’après-guerre, c’est sur­tout dans le cadre d’initiatives de dé­ve­lop­pe­ment pour les pays du Sud que quelques in­gé­nieurs sans fron­tières conçoivent et mettent au point des ma­té­riels moins com­plexes et à échelle familiale.

Ce qu’on voit ap­pa­raître grâce à la dif­fu­sion de l’internet dans les pays du Sud, c’est un foi­son­ne­ment des tech­niques et des ou­tils en tech­no­lo­gie ap­pro­priée, non pas conçus et mis au point par des in­gé­nieurs oc­ci­den­taux, mais par des in­gé­nieurs lo­caux, voire des vil­la­geois in­gé­nieux. Et ces concepts font ra­pi­de­ment le tour de la toile, avec cha­cun qui les amé­liore ou les adapte à ses contraintes ou ses res­sources lo­cales : foyers ro­cket, fours so­laires, chauffe-eau so­laires, mou­lins, bot­teuses, dé­cor­ti­queuses, se­moirs, at­te­lages, pompes, éoliennes, etc.

A l’instar du dé­ve­lop­pe­ment col­la­bo­ra­tif d’outils in­for­ma­tiques grâce à des col­la­bo­ra­tions bé­né­voles entre in­for­ma­ti­ciens du monde en­tier, je suis per­suadé que le mo­dèle Open-Source est le cadre idéal pour la concep­tion et la mise au point des ou­tils en tech­no­lo­gie ap­pro­priée dont nous au­rons bien­tôt besoin.

In­ter­net très-bas-débit

Pour toutes les idées men­tion­nées ici, l’internet est un ou­til cen­tral. Mal­heu­reu­se­ment, on lit par­tout que l’internet re­pré­sente une part de plus en plus im­por­tante de notre consom­ma­tion d’énergie et des émis­sions de gaz à ef­fet de serre. Si l’on tire le fil de ce constat, il faut en conclure que dans un monde de des­cente éner­gé­tique il faut en­vi­sa­ger qu’on au­rait moins d’internet. Pour­tant, la pos­si­bi­lité de com­mu­ni­quer of­ferte par in­ter­net est à mon sens au coeur de notre ca­pa­cité à en­vi­sa­ger col­lec­ti­ve­ment la tran­si­tion. D’ailleurs je suis convaincu que la tran­si­tion est un pur pro­duit d’internet. Ainsi, je pense qu’il nous faut conce­voir une forme d’internet qui puisse fonc­tion­ner avec net­te­ment moins de moyens, et avec des res­sources élec­triques in­ter­mit­tentes, pour à terme n’exiger que de l’électricité re­nou­ve­lable pro­duite de fa­çon dis­tri­buée aux dif­fé­rents noeuds du réseau.

En très gros, la puis­sance consom­mée par un ré­seau de com­mu­ni­ca­tion, c’est pro­por­tion­nel au dé­bit d’information. Et la puis­sance consom­mée par une ferme de ser­veurs, c’est pro­por­tion­nel au vo­lume de don­nées sto­ckées et au dé­bit. Et la puis­sance consom­mée par un or­di­na­teur per­son­nel, c’est pro­por­tion­nel à la puis­sance de cal­cul mise en jeu, donc au dé­bit d’information.

Qu’est-ce qui gé­nère du vo­lume et du dé­bit sur in­ter­net ? Le mul­ti­mé­dia. Une mi­nute d’audio, c’est 100 fois plus lourd qu’une page de texte, et une mi­nute de vi­déo, c’est 50 fois plus lourd que l’audio. Ainsi, si l’on re­vient au bon vieux texte et aux des­sins et ani­ma­tions en for­mat vec­to­riel, on éco­no­mise un fac­teur 5000. Il fau­drait pro­ba­ble­ment re­non­cer à You­tube et à la vi­déo à la de­mande, mais on gar­de­rait wi­ki­pé­dia, les blogs, le mail, même en re­ve­nant à des dé­bits de 56 kbps.

Et pour se pas­ser des fermes de ser­veurs, il fau­drait gé­né­ra­li­ser le sto­ckage peer-to-peer (cha­cun hé­ber­ge­rait un bout de wi­ki­pé­dia sur son or­di­na­teur) et in­ven­ter un mo­teur de re­cherche peer-to-peer dis­tri­bué. Avis aux dé­ve­lop­peurs fous [note : ap­pa­rem­ment, il y a quelques bal­bu­tie­ments in­té­res­sants].

Note fi­nale

Comme pour toutes les idées de la sé­rie, le but est qu’elles se dif­fusent pour que l’une ou l’autre ait la chance de ren­con­trer ce­lui ou celle qui aura l’inspiration et la mo­ti­va­tion de lui faire voir le jour : n’hésitez pas à vous em­pa­rer de ce qui vous semble per­ti­nent et à le re­prendre à votre compte.

7 idées associatives pour la transition

Quelques idées de missions associatives locales

 

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Par Kristen (Aveyron) sur son site : http://www.arpentnourricier.org/

Voici une pre­mière sé­rie d’idées plus ‘bé­né­voles’, dans l’esprit de la tran­si­tion. Il s’agit ici de se prendre en main au ni­veau lo­cal, sans at­tendre que le sys­tème tombe tout cru d’une en­tre­prise ou d’une col­lec­ti­vité locale.

Ca­ta­logue de se­mences et bou­tures au ni­veau lo­cal — bourses d’échange

Je ne fais ici que re­prendre l’idée de base de l’association Bio­diva : fa­vo­ri­ser la bio­di­ver­sité au jar­din en en­cou­ra­geant les échanges non-marchands de se­mences et bou­tures entre par­ti­cu­liers. L’association a peau­finé le concept des bourses d’échange de la fa­çon sui­vante : il y a une grande table au mi­lieu où tout le monde dis­pose les sa­chets ou boîtes de graines qu’il est prêt à don­ner sans états d’âme, et des pe­tites tables tout au­tour où cha­cun peut pré­sen­ter les graines des va­rié­tés qui lui tiennent un peu plus à coeur, afin d’échanger en quan­ti­tés plus ré­duites et en ap­por­tant des pré­ci­sions sur les plantes, les modes de culture, etc. On ne vend pas, on ne compte pas les points, on de­mande juste à ce que cha­cun joue à peu près le jeu de ve­nir avec quelque chose.

Par­tage de jar­dins / pla­ni­fi­ca­tion concer­tée de jar­dins particuliers

En­core sur le thème du jar­din, je re­prends une idée pré­sen­tée dans le do­cu­men­taire In Tran­si­tion 1.0 et pra­ti­quée déjà à grande échelle par nos voi­sins d’outre-Manche : ceux qui ont un jar­din mais n’en font rien se mettent en re­la­tion avec des voi­sins qui ai­me­raient faire pous­ser des fruits et des lé­gumes s’ils avaient un peu de place. En échange, j’imagine qu’on par­tage une par­tie de la récolte.

Pour al­ler plus loin dans cette idée, une as­so­cia­tion qui dis­po­se­rait ainsi d’une liste de jar­di­niers et d’une liste de jar­dins pour­rait aussi choi­sir d’orienter les choix de culture des uns et des autres pour ac­croître la di­ver­sité des lé­gumes pro­duits par les membres de l’association sans trop com­pli­quer chaque jar­din. Ainsi il y n’y au­rait pas plus que deux va­rié­tés de to­mates dans chaque jar­din, mais plus d’une di­zaine de va­rié­tés dans les pa­niers de l’association, pourvu qu’on trouve un moyen simple de par­ta­ger les récoltes.

Mar­ché vir­tuel de particuliers

Une autre idée as­sez proche se­rait une as­so­cia­tion de jar­di­niers ama­teurs qui par­ta­ge­rait la liste des lé­gumes qui poussent chez les uns et les autres avec les dates de ma­tu­rité et les quan­ti­tés, afin que cha­cun puisse faire son mar­ché ‘vir­tuel’ à l’avance. Le jour de la ré­colte, on sau­rait tout de suite consti­tuer les pa­niers se­lon les sou­haits des uns et des autres. Il y au­rait ainsi beau­coup moins de pertes que sur un mar­ché où les in­ven­dus fi­nissent à la pou­belle, et les jar­di­niers n’auraient pas à culti­ver tous les types de lé­gumes eux-mêmes. Reste à sa­voir quel moyen de mar­chan­dage on pour­rait mettre en oeuvre pour évi­ter les in­jus­tices tout en en­cou­ra­geant les gens à ef­fec­ti­ve­ment échanger.

Fa­milles de quartier

Les fa­milles d’aujourd’hui sont trop écla­tées. On vit dans des fa­milles nu­cléaires étri­quées, en­tas­sées dans des ap­par­te­ments ri­qui­qui, sans in­ter­mé­diaire entre les liens de pa­renté im­mé­diate et les liens pro­fes­sion­nels dis­tants. Il faut at­tendre les va­cances pour voir les oncles et tantes, les grands-parents, les ne­veux ou les cou­sins, et en­core pas tou­jours. Pour au­tant, si nos ma­mies ha­bitent trop loin, il y a peut-être parmi nos voi­sines des ma­mies qui elles aussi sont loin de leur fa­mille. Qu’est-ce qui em­pêche qu’un ga­min aille dor­mir chez cette ma­mie de quar­tier ? Qu’un autre aille à la pêche ou faire du mo­dé­lisme avec un papi de quar­tier ? Qu’on ré­vise ses maths avec une grande cou­sine de quar­tier ? Na­tu­rel­le­ment, ce genre de liens peut se tis­ser spon­ta­né­ment si on ar­rive à faire vivre un quar­tier, en mé­lan­geant suf­fi­sam­ment les gé­né­ra­tions et les gens. Mais peut-être qu’un coup de pouce ai­de­rait à créer des liens un peu plus so­lides, au-delà de la simple ami­tié passagère.

Uto­pie, donc dan­ge­reuse, mais peut-on en ti­rer quelque chose ?

Cui­sine de quartier

Quand on compte le temps que passent les uns et les autres à se faire cha­cun à man­ger à sa pe­tite fa­mille, on constate à quel point le mo­dèle de la cui­sine in­di­vi­duelle est in­ef­fi­cace. Au lieu de faire à man­ger seul(e) tous les jours pour une à trois per­sonnes, il vau­drait mieux s’y col­ler une fois tous les quinze jours en équipe de cinq et pour cin­quante personnes.

Sou­vent les éco-quartiers et les éco-villages se dotent de struc­tures pour faire la cui­sine col­lec­ti­ve­ment, et la sauce prend as­sez ra­pi­de­ment quand les gens se rendent compte à quel point c’est plus sympa de faire la cui­sine à plu­sieurs, et à quel point c’est pra­tique de pou­voir mettre les pieds sous la table le reste du temps. Après, rien n’oblige à man­ger tous en­semble tous les jours, et si on a be­soin d’un peu de calme on de­vrait sim­ple­ment pou­voir ve­nir se ser­vir en cui­sine et re­mon­ter chez soi — pourvu qu’on s’acquitte ré­gu­liè­re­ment de son tour de po­potte et de plonge et que ce ne soit pas tou­jours les mêmes qui s’y collent.

Chan­tiers tournants

C’est pa­reil pour le tra­vail phy­sique. Char­rier de la terre tout seul, c’est pé­nible et chiant. Char­rier de la terre avec des potes, c’est phy­sique mais agréable. Alors plu­tôt que cha­cun peine cinq jours sur une tâche ma­nuelle à son chan­tier, on passe une jour­née à cinq et on va chez quelqu’un d’autre la fois d’après. C’est comme cela qu’on fonc­tionne de­puis main­te­nant plus d’un an avec six ou sept fa­milles d’amis des en­vi­rons, avec un chan­tier toutes les deux se­maines le di­manche et le lundi (on vient à l’un et/ou l’autre jour, on ap­porte à man­ger pour par­ta­ger le re­pas, on es­saye d’être là au moins deux fois sur trois).

Pour ce­lui qui or­ga­nise, c’est un peu de pré­pa­ra­tion pour pou­voir ac­cueillir quatre ou cinq ou­vriers le même jour, mais ça mo­tive et ça fait avan­cer le chantier.

Sys­tème d’échange local (il en existe un à AUCH !)

En fait, les chan­tiers tour­nants ci­tés au-dessus sont une éma­na­tion du Sys­tème d’Echange Lo­cal co­fondé il y a un peu plus d’un an avec quelques autres pion­niers mo­ti­vés. Si le but ini­tial d’un sys­tème d’échange lo­cal est d’encourager le troc de biens, de sa­voirs et de ser­vices entre les adhé­rents au moyen d’une mon­naie com­plé­men­taire in­dexée sur le temps passé, le but fi­nal est bien de créer du lien so­cial et d’encourager des ini­tia­tives où les gens se prennent en main.

Pour l’instant, notre SEL a sus­cité la créa­tion de deux groupes de chan­tiers tour­nants, un groupe d’artisanat créa­tif, un groupe de jeunes pa­rents qui or­ga­nisent des sor­ties en­semble ou bien des gardes par­ta­gées, et j’ai bon es­poir que ça continue.

Kristen